Nos deux mondes

Nos deux mondes



Dans son monde, les abeilles font du caramel. Hulk est vert parce qu’il a mangé trop de salade. Les chats ne rentrent dans les maisons que par les portes, les escargots ne peuvent pas monter les marches d’escalier et les papas kangourous ont eux aussi une poche sur le ventre.

Dans son monde, les mots se mélangent et en font d’autres. Les voitures « se fonsculent ». Les sorcières « anstroment » les enfants pas gentils. Les trampolines sont des « brocolines » et les grumeaux, des boutons…

Dans son monde, on mange du poisson-poulet. La tartiflette est du chou-fleur. Le chocolat guérit les maux de ventre. Et ce qu’il y a de meilleur dans les épinards, ce sont les croûtons.

Dans son monde, je suis une princesse « emprisionniée » et lui, le chevalier, qui vient me sauver grâce Joe, son cheval à bascule Cyrillus et sa hair épée. Dans son monde, quand je le contrarie, il me menace de ne plus être ma maman… Dans son monde donc, on ne comprend pas encore toutes les subtilités !

Dans son monde, il sera bientôt mécanicien de voitures, puis de camions, puis de sous (???). Ensuite, il fera des dessins comme papa et écrira des histoires, comme maman. Il travaillera donc à l’agence, avec nous, mais il nous a prévenus : pas avant ses 6 ans. Contrairement à ce qu’il disait quand il en avait 2, il ne souhaite plus suivre les traces de Macron, qui crie trop, et il se désintéresse complètement de la politique. Ça va donc beaucoup mieux depuis que j’ai arrêté d’écouter France Info en boucle dans la voiture.

Dans son monde, il a un petit frère imaginaire, Bista et quelque fois même, une petite sœur, Ara. Mais par intermittence. Jamais lorsque Babin et Illette sont avec nous.

Dans son monde, on augmente le volume de la radio en criant « champignon », maman veille à ce qu’aucun monstre n’entre dans la chambre grâce à un trou invisible dans son plafond et les poissons rouges sont à surveiller la nuit sinon, ils font des bêtises.

Dans son monde, il se passe quelque fois des choses atroces. Il arrive de devoir déjeuner à la cantine, se taire quand les adultes parlent, finir son lait le matin et pire que tout : se laver les cheveux.

 

DANS MON MONDE
Dans mon monde à moi, tout est disproportionné depuis 3 ans. L’amour que je lui porte, la peur que j’ai pour lui, surtout. Tout est trop. Mais globalement, tout est trop bien.

Son père a peur que nous ayons une relation aussi fusionnelle que celle que j’ai avec le mien. Moi, c’est tout le mal que je nous souhaite. Même si ça joue des tours d’aimer autant, c’est aussi ce que l’on nous donne de plus joli à vivre.

Dans mon monde, la vie ne ressemble en rien à ce qu’elle était avant lui et pourtant, c’est comme s’il avait toujours été là. Et comme il sera mon unique enfant, je fais tout en même temps : j’ai la rigueur dont les parents font preuve avec leur ainé et le laxisme dont ils usent avec leur dernier. J’ai de fortes convictions et de vrais principes qui, d’un regard enjôleur, peuvent se retrouver réduits à néant, ou presque. Je fais parfois tout à l’envers ou rien comme il faut. Je ne le reprends pas quand il écorche des mots. Je me mare de le voir engloutir le chocolat par kilos. Je ris quand je devrais le disputer. Quelques fois, je crie quand il ne l’a pas mérité. J’ai conscience de mes erreurs et de cette éducation parfois en dents de scie. Pour me rassurer je me dis que c’est déjà pas si mal de s’en rendre compte…

Malgré mes carences parentales, dans mon monde, plus tard il sera  musicien. Il jouera du piano comme un dieu. Il sera aussi champion de vélo. Je nourris des ambitions qu’il n’aura certainement pas, lui qui a l’air d’avoir autant le non sens du rythme que mon papa mais qui, a priori, aime rouler autant que le sien. Un sur deux. C’est déjà ça, même si j’en tremble d’avance de devoir le mener de pistes en pistes et potentiellement d’hôpital en hôpital. Le piano, c’était quand même moins risqué.

Dans mon monde, rien n’est plus délicieux que ce moment du matin, où je le cueille dans son lit, chaud comme un croissant et, que dans un demi sommeil, il me donne un « je t’aime maman » pour un bonjour. Dans mon monde, rien n’est plus précieux que le câlin du soir, quand il me tient par le cou, me demande lui chanter une chanson, puis de lui raconter une histoire, puis de lui acheter un oreiller doré et enfin de rester encore un petit peu alors que je suis pliée en quatre dans son micro lit depuis plus de 20 minutes. Dans mon monde, rien n’est plus doux que les bras qu’il me tend et le sourire qu’il m’adresse quand vient l’heure des mamans et qu’il me voit passer le portail. Dans mon monde, on a la nostalgie de tout, même du présent. Pour palier ça, dans mon monde, on essaie de profiter de tous ces moments, même si l’on sait d’avance qu’on ne sera jamais rassasié. Alors, dans mon monde, on écrit ces mille souvenirs, on les grave, on les cultive, à défaut de pouvoir les figer. Dans mon monde, on n’est pas dupe. On sait que le Rat va grandir, vite, trop vite. Qu’une fois son innocence perdue, nos deux mondes finiront par se croiser. Ce sera bien aussi certainement… mais dans mon monde, on aimerait autant attendre encore quelques milliers d’années avant que cela arrive.

Claudine

Dem facerum ipit lacil ius millict orerum aspitas conet excerspient odi quae exceperibus moles dicipiciam aut hitat !

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