Passion confinement

Passion confinement


Bientôt midi. Il y a une semaine, Manuel Macron, comme l’appelle mon rat, exhortait les Français à rester chez eux les 15 prochains jours. Comme, au préalable, nous avions tous eu vent, via les réseaux sociaux et autres canaux de désinformation, que la sentence allait tomber et potentiellement durer 45 jours, la quinzaine annoncée ne nous a pas parue si effrayante. C’était sans compter le fait que, jusque là, aucun de nous ne savait ce que « confinement » signifiait.

À ce propos, d’ailleurs, je me permets une brève parenthèse pour adresser un message à ceux qui ne savent toujours pas ce que le mot signifie. À tous ces sportifs du dimanche qui se sont découvert une passion pour le footing depuis mardi dernier, à vous qui vous retrouvez chaque jour sur les berges du Rhône au motif que vous pratiquez une activité physique pour ramener le labrador que vous avez en garde alternée avec votre grand-mère veuve et isolée, ayez au moins la décence de ne pas applaudir le soir aux fenêtres, c’est malvenu. Merci.

Parenthèse fermée, force est de constater qu’au bout d’une semaine, rien n’a changé ou presque, et que le nombre de contaminés ne cesse d’augmenter. Ainsi, plus les jours passent, plus on sent arriver la banane : les 15 jours vont bel et bien se transformer en mois. Respirez… vous êtes confinés.

 

CECI N’EST PAS UN EXERCICE
Ici, je ne sais pas si on a été bêtes, mais on a été disciplinés. Mardi dernier, à 11h55 précises, je refermais le portail de ma maison. Je venais de passer récupérer mes courses au drive et, en attestent les trente minutes d’attente à la station service, comme beaucoup de mes concitoyens, j’avais pris le soin de faire le plein d’essence, avant de vivre en recluse. Ainsi, le confinent n’avait pas encore commencé, que déjà nous étions tous devenus cons et plein de contradictions.
Qu’en est-il, une semaine plus tard ?

 

LONGUE VIE AUX MAITRESSES !
Chez nous, c’est une nouvelle routine qui s’est installée. On ne se lève assez tôt, on fait du sport (avec Mohamed de Gym direct, mais j’y reviendrai plus tard), on joue à la maitresse et pour info, c’est vachement moins drôle pour de vrai que pour de faux, surtout quand ce sont tes gosses tes élèves et que tu n’as même pas de tableau noir, ni de craies de couleur ou autre éponge à leur jeter à la tronche quand ils te donnent, pour la 10e fois consécutive la même mauvaise réponse…
Pour corser le tout, à la maison, c’est un peu le grand écart en termes de niveaux scolaires. Le rat est en grande section de maternelle. Pour lui, le plus difficile, c’est encore de l’empêcher de scander les cris d’indiens alors que j’essaie de lui faire compter le nombre de plumes sur la coiffe de Géronimo.
Babin, lui est en 6e. Il est censé recevoir des cours sur internet, mais, soit je suis complètement con, soit c’est pas très bien fichu leur truc. « Anglais : Lisez la leçon et posez des questions en rapport à l’image que vous voyez ». J’ai tout retourné : les cahiers, l’internet, les mails mais je n’ai pas vu l’ombre d’une leçon ni d’une foutue image sur laquelle poser des questions. L’ère n’étant plus à se demander si cet abruti de Bryan est toujours dans la kitchen, on a fait différemment.

 

PRISON BREAK
Et puis il y a Ilette, 15 ans, depuis 10 jours. C’est certainement pour elle que le confinement est le moins douloureux. Avant déjà, elle ne quittait pas son lit avant midi et on ne la voyait qu’en d’autres occasions que le déjeuner et le diner. Le reste du temps, elle était cloitrée dans sa cellule de 9m2… À la demande se son père, elle fait quand même des promenades dans la cour, une heure par jour. Hier, je l’ai surprise à se tatouer le bras avec son stylo bic. Je crois que depuis mardi dernier, elle se prend pour Michael Scofield. Il faudrait peut être que je surveille…

 

ABSOLUTELY FABULOUS
Après l’école, la journée est rythmée par les 569 lessives à faire et à étendre, l’appel de 78 minutes aux parents pour leur rappeler l’importance de rester chez eux, la bouffe à préparer MIDI et SOIR because cantines are also closed, les drives à anticiper parce qu’ils t’annoncent 7 jours entre le moment où tu commandes et celui où tu peux récupérer la moitié de ce que tu espérais. Il y a aussi toutes ces heures passées sur le net à essayer de démêler le vrai du faux et d’en savoir un peu plus sur ce satané coronavirus. J’en lis tellement que je ne sais plus si c’est la chloroquine ou la citrate de bétaïne qui est présentée comme médicament miracle. La bonne nouvelle, c’est que si c’est le 2e, je suis sauvée.
Et puis, à 19h, enfin, sonne la délivrance : It’s apéro time ! On boulotte de la chips à foison, on picole tout ce qui nous tombe sous la main pour fêter la fin de ce nouveau jour de confinement. En une semaine, toute la cave ou presque, y est passée. 7 jours de plus et j’annonce : on tape dans l’eau de Cologne.
Au vu des publications et des photos postées sur Facebook et insta, on n’est pas les seuls à tiser. Je crains qu’à la fin du confinement, les réunions des alcooliques anonymes ressemblent plus à la fête des voisins qu’à autre chose.

 

ELLE DIT QU’ELLE DÉBLOQUE
Sinon, psychologiquement parlant, je pense que je ne m’en sors pas trop mal. Dire ça est peut-être un peu précipité, quand on sait que je viens de m’exciter comme un poulet sur le programme Brûleur de calories de Mohamed. Des fois, je me surprends à l’engueuler le Mohamed, et à d’autres, je ris de ses boutades. Donc, non, je me reprends : psychologiquement parlant, ce confinement m’atteint plus que je ne le pensais. Pour soutenir mes propos, je devrais me filmer en train de faire mes squats et mes fentes sautées sous ma véranda… Je ne sais pas si j’obtiendrais autant de vues que le bonhomme qui a recréé le concert de Freddie Mercury avec des bonbons nounours en gélatine, mais franchement, y’aurait moyen que ca vous fasse rire un moment.

 

CONFINEMENT IS THE NEW LIFE
Trêve de plaisanterie, je n’ai plus le cœur à rire. Dans quelques heures, je vais devoir sortir de chez moi. Il va falloir que je me rende au drive… Pour certains, c’est une délivrance de pouvoir enfin quitter la maison. Pour moi, c’est devenu hyper anxiogène. Même si j’essaie de contrôler mes appréhensions et de contenir mes peurs, je vais quand même la jouer sécure. J’ai préparé mes gants et ma combinaison de ski. Comme je n’ai pas de masque, je me contenterai d’emprunter le scaphandrier du déguisement BUZZ l’éclair de mon fils. Par les temps qui courent, je pense que ça peut passer inaperçu. Je vais respirer calmement et me dire que ce n’est qu’une petite sortie, un mauvais moment à passer parce que, ouf, bientôt, je serai de nouveau confinée.

 

illustration  P. BAGIEU <3

Claudine

Dem facerum ipit lacil ius millict orerum aspitas conet excerspient odi quae exceperibus moles dicipiciam aut hitat !

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