Le mardi, c’est pas ravioli
6h15, le réveil sonne. 6h30, j’enfile ma tenue de lumière. 6h40, je prends mon bolide. 15 minutes plus tard, je suis devant l’Aqua Garon et retrouve ceux que je nomme « les nageurs du mardi ». Été, automne, printemps, hiver, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, le mardi on est là, fidèles au poste. Depuis des années, chaque semaine, le rituel est le même : on est une petite dizaine à se tenir là, sur le parvis. Rares sont les fois où l’on ne se demande pas ce qu’on fout ici à une heure pareille. On est tous à moitié endormi. Tous sauf Christine, petit bout de femme au battement de jambes exceptionnel, qui elle, est toujours au sur taquet. Assise sur le banc, elle trépigne d’impatience quand nous, nous baillons encore aux corneilles.
On papote jusqu’à ce que 7 h s’affiche sur l’horloge. De là, on se rue dans les escaliers (comme si le bassin n’allait pas nous attendre). On pose nos affaires à la hâte dans les vestiaires. Certains n’ont pas encore ôté leur t-shirt que d’autres sont déjà dans le pédiluve. On referme nos casiers, on saisit palmes, planches, plaquettes et autre pull buoy. On enfile nos bonnets, nos lunettes et voilà que l’on ne ressemble déjà plus à rien quand on rejoint notre ligne d’eau. De là, on nage, on nage, on nage, jusqu’à 8h30, jusqu’à ce que les maîtres nageurs nous somment de sortir. Les temps changent : avant, c’était les videurs des boites de nuit qui me sommaient de descendre de la table et de rentrer dormir. Maintenant, c’est un bonhomme en slip de bain et en claquettes Arena.
On s’extirpe du bassin. On se retrouve dans les douches, fatigués souvent mais toujours contents d’être venus. Et ce, même s’il y a eu quelques aléas dans nos couloirs.
L’autoroute du Soleil
Certains mardis, il y a tellement de monde a la piscine, qu’on se croirait dans la file d’attente d’un concert de Jul. À croire que tous les habitants du sud ouest lyonnais se sont dit la veille : « Tiens ! Si on vivait un truc de fou demain et qu’on allait nager à 7h du mat! ». Voilà comment tu te retrouves à 7 dans TA ligne d’eau, soit à gêner les bons, soit à être saoulée par les plus tortues que toi. Ça, je vous le dis : ça me gonfle. Depuis des années, on a tous nos lignes d’eau respective. Caroline et moi partageons la 3. Marc, Christine et toute la clique sont à la 4. Nathalie et Alexandre (un nouveau venu) sont à la 5. Les autres se répartissent dans celles qui restent et tout le monde est content. Sauf que non. Y’en a toujours qui viennent envahir ton espace. Je milite pour une ligne réservée aux nageurs qui ne reviendront jamais de leur vie mais qui veulent se payer le luxe de pouvoir dire «nager un mardi à l’aube, c’est fait! ». Qu’ils le fassent mais par pitié, sans emmerder les aficionados de la Tuesday Morning Routine.
L’EHPAD
Le problème avec la natation, c’est qu’une séance suffit rarement. La session du mardi, c’est bien, mais ça a un goût de « reviens-y ». Et le problème avec les piscines municipales, ce sont les horaires d’ouverture. Ou plutôt, la faible amplitude des horaires d’ouverture. Inutile de dire qu’en ouvrant 2h à midi et 3h le soir, tout le monde se retrouve dans le bassin en même temps. Les retraités comme les actifs. les nageurs qui veulent nager comme les non nageurs qui veulent barboter. La semaine dernière, j’ai voulu tenter le mercredi 11h30. Mauvaise idée. Je me suis retrouvée avec Odette, 77 ans, qui a quand même trouvé le moyen de nager moins vite que moi alors que j’avais la planche (je n’aurais jamais cru ça possible… mais si… même mes battements de jambes minables qui me font limite reculer, ont réussi à doubler la pauvre Odette à plusieurs reprises, et sans peine aucune, en plus). Évidemment, Odette n’était pas venue seule. Il y avait Raymond, Jeanette et toute le résidence du beau soleil qui l’accompagnait. Ce jour là, je me suis sentie aussi rapide qu’Ary Vatanen dans sa Ford escort de compet… mais j’ai pas brûlé beaucoup de kilocalories.
Les JO
Quand il n’y a pas Odette, il y a Léon Marchand. Enfin, celui qui croit l’être. Lui, C’est l’énergumène à repérer et à fuir absolument. Il ne faut jamais s’insérer dans sa ligne : JA-MAIS! Parce qu’il s’en tape que tu sois là ou pas. Il a acheté la ligne d’eau et pousse toi de là qu’il s’y mette. Il ne peut pas s’empêcher de te foutre un coup ou de créer un tsunami dès qu’il passe à ta hauteur (et ça revient souvent l’histoire dans un bassin de 25m). Avec son mètre quatre-vingt dix et l’envergure d’un aigle, il nage évidemment bien plus vite que toi. Comme t’es fair play, tu nages collée à la ligne d’eau : t’as la tronche qui la bugne à chaque respiration mais rien n’y fait : faut qu’il te mette la misère. Tu ressors de ta séance avec les boules et des bleus.
Josette la conquérante
Vendredi dernier, j’ ai vécu une autre expérience et découvert un nouveau spécimen, inconnu jusque là.
Il y avait mille monde dans la ligne d’eau. Des jeunes, des vieux, des palmes, des planches, des bons, des lents, du crawl, de la brasse, de l’indescriptible … n’importe quoi en somme. J’ai failli partir au bout de 20 minutes tellement c’était pas agréable. Je n’étais pas venue là pour souffrir et encore moins pour me fritter avec Josette la conquérante, mamie en devenir qui peine à l’accepter, nage la brasse, accapare la moitié de la ligne d’eau, te fout des coups dès qu’elle en a l’occasion, refuse que tu la doubles (affront) et t’engueule quand tu le fais parce que bon, elle est sympa Josette mais t’as pas la vie devant toi. J’ai pris mon mal en patience et j’ai bien fait : Josette ne nage pas longtemps. Elle a fini par aller voir ailleurs.
La palme du pompon du clou du spectacle
Depuis quelques semaines déjà, l’école est terminé. L’été emporte donc avec lui tout espoir de nager en paix. En plus de tout le beau monde précédemment cité, il y a les gamins. Ceux qui sautent du plongeoir quand tu es juste en dessous mais qui ne voient pas le problème. Ceux qui jouent avec une balle qui atterrit dans ta tronche mais qui ne s’arrêtent pas pour autant. Ceux qui nagent viennent dans la ligne d’eau des nager pour faire le petit chien. Et puis il y a les mamans. Celles qui nagent en brasse côte à côte pour se raconter leur week-end. Bah non. Ça non plus c’est pas possible.
Pendant 2 mois donc, il va falloir se contenter de la session du mardi. Et si d’aventure on venait à aller nager un autre jour, on se surprendra sûrement à dire : vivement la rentrée!

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