Appelez-moi Persévrance
Aujourd’hui, j’ai vécu une nouvelle expérience : j’ai parlé à une « agent d’auteur ». Pour mon manuscrit. Celui que j’ai écrit en 2018. Non, je ne lâche jamais. Autant calmer les ardeurs tout de suite : ce n’est pas Grasset qui m’a appelée. Pas Flammarion non plus, ni Albin Michel, ni Actes sud, ou Robert Laffont… on pourrait jouer longtemps à citer les maisons d’édition les plus connues mais mettons rapidement fin au suspense : ce n’est aucune d’entre elles.
La demoiselle que j’ai eue ce matin vient de chez Hello Edition. Vous ne connaissez pas ? Je ne suis pas étonnée.
HELLO QUI ?
Hello édition se présente comme une maison d’édition a compte d’éditeur dont la vocation est de « donner sa chance aux primo romanciers ». Vous avez peut-être vu leur « appel à manuscrits » sur Instagram, vous avez peut-être vous aussi envoyé le vôtre, vous avez peut-être eu le mail qui disait : « on s’appelle, on en parle » et peut-être même avez-vous eu un échange avec un·e de leurs agents. Si c’est le cas, pas la peine de poursuivre votre lecture : vous savez déjà tout. Pour les autres, on continue.
Enfin, on va commencer par rembobiner un peu, histoire de recontextualiser et de se mettre à la page.
REWIND
Comme vous le savez, j’ai écrit un roman il y a environ 8 ans (ressentis 96) qui me fait vibrer/frémir/défaillir depuis tout ce temps. J’en suis à la 436e version. Je l’aime autant que je le hais. Je l’ai envoyé par deux fois à plusieurs maisons d’édition. Je me suis pris une porte à chaque fois. Aussi, quand le 24 mars dernier, je reçois un mail de la « Direction de la Publication » d’Hello Edition, assorti d’un contrat, je crois rêver. Pendant 3 minutes, j’ai l’impression que ça y est : j’y suis enfin. L’espace d’un instant, j’avoue, c’est la panique à bord. Je me canalise rapidement. D’abord parce que je dois finaliser un dossier qui urge, ensuite parce que j’ai pas 12 ans et qu’il faut se poser avant d’exploser. Le mail attendra. Les émotions qui doivent aller avec aussi. Je le transfère quand même à mon amoureux, qui m’appelle dans la foulée, surexcité (pourtant lui non plus n’a pas 12 ans), trop content pour moi (il est chou cet amoureux) et surpris que je ne le sois pas plus.
Je lui explique, que, dans les faits, moi, je trouve ça bizarre comme démarche. Je n’ai aucune expérience là-dedans (pas faute d’avoir essayé) mais je n’ai jamais entendu dire qu’un auteur avait été approché par Gallimard avec un mini mail qui disait « chouette, ça nous intéresse » et joignait un contrat impersonnel au bazar. Ces mots mettent le doute à l’amoureux qui épluche le contrat et déchante un peu aussi ensuite. Il me convainc néanmoins de prendre RDV et de voir. Qu’ai-je à perdre ? Rien. Alors je clique pour réserver un créneau d’une heure en visio pour parler à je ne sais pas qui, ni vraiment de quoi. Ça aussi, c’est bizarre, mais bon… tentons.
ET ALORS QUOI?
16 avril 13h : la visio commence. Je découvre une demoiselle qui doit avoir la moitié de mon âge. Ça ne me rassure pas. Elle saisit ses notes et commence à me poser des questions : quel est mon métier, depuis quand j’écris, d’où m’est venue l’idée du roman… Je réponds avant de procéder à un contre interrogatoire. J’ai moi aussi besoin de comprendre à qui je parle, qui est derrière cette maison d’édition, ce qu’elle a dans le bide, ce qu’elle cache. Je joue franc-jeu car c’est ma meilleure stratégie. Je n’ai besoin de personne pour corriger les fautes (j’ai des amies ultra capées pour le faire), je n’ai pas besoin d’une mise en page ni d’une jolie couv (mon amoureux le fera mieux que personne), je n’ai pas besoin d’un imprimeur (j’ai mes entrées chez Exaprint). Moi ce dont j’ai besoin, c’est qu’on me dise, ce qui va, ce qui ne va pas, ce qu’il faut corriger et qu’on m’accompagne dans cette démarche. Je souffre du syndrome de l’imposteur : j’ai besoin qu’on croie en moi et qu’on m’aide à publier ce roman, qui sans être le prochain Goncourt, aurait sa place dans les rayons des librairies. J’ai mis tout mon cœur dans ce projet. Ce n’est pas pour le sacrifier sur l’autel du compte d’auteur ou de la médiocrité. Voilà pourquoi je passe cette petite demoiselle sur le grill. D’elle, j’obtiens des chiffres qui à eux seuls crient « Alerte ! Alerte ». Au 15 avril, elle a déjà appelé 7 auteurs pour leur dire que leur manuscrit tenait la route et qu’ils étaient publiables (pas en l’état, car elle me confirme qu’aucun ne l’est jamais, et qu’il faut quand même bien toujours passer par la case corrections, mais quand même !). À titre de comparaison, l’an dernier Gallimard éditait 4 primo romanciers… je vous laisse calculer le delta. Elle m’explique que cela fait une petite année qu’elle est salariée chez Hello Edition et qu’elle suit une cinquantaine d’auteurs (c’est énorme). Le best-seller de la maison a été vendu à 5 800 exemplaires l’an dernier (ça, ça l’est moins : on est loin des 844 547 ventes annuelles de Mélissa Da Costa) et la moyenne de livres vendus par auteur est de 332. C’est encore moins foufou…
Pour autant, la maison dispose d’un comité de lecture. Une vingtaine de personnes aurait lu mon livre (le retour précis que je reçois sur mon roman, prouve au moins qu’une l’a fait correctement !). Il y a aussi un service éditorial qui prend le relais quand l’affaire est conclue et propose des axes concrets d’amélioration. Le service créa se charge ensuite de la mise en page et de la couv. Le service promotion se dépatouille lui comme il peut pour approcher les libraires, les influenceurs, des journalistes, etc. La jeune demoiselle temporise sur ce volet en m’expliquant qu’il fait le taf mais reste dépendant du bon vouloir des média… (pas la peine de me faire une leçon sur les RP, j’ai le truc !).
CONCLUSION ?
Après 1h20 d’échange (pauvre demoiselle), je comprends que nous ne sommes pas sur de l’ultra sélection ni la fine fleur de l’écrivain. Si la maison tient ses promesses (publier des primo romanciers) elle ne fait pas de miracles. Au moins, c’est dit.
Sauf que ça ne me suffit pas. Moi, j’ai besoin d’être mise dans un sac : soit celui des « c’est publiable » soit celui des « c’est publiable et prometteur ».
Alors, je fais ma Claudine et je mise sur l’humain. Je lui demande qu’elle fasse de moi son exception de la semaine en me considérant comme une personne (pas comme une primo romancière à l’affut d’une maison), qu’elle quitte son habit de salarié devant remplir ses objectifs et qu’elle la joue elle aussi en toute honnêteté. Je lui propose de prendre le temps de réfléchir à notre échange et de revenir vers moi si et seulement si, elle estime que mon manuscrit a un quelconque potentiel et qu’il y a quelque chose à en faire. C’est une faveur. Elle ne me doit rien mais elle accepte et promet de lire mon manuscrit plus en profondeur cette fois (faute avouée…).
Je lui refile l’adresse de ce blog pour qu’elle cerne mieux le personnage au besoin. Je raccroche. Je ne sais pas bien où cela va mener, si tant est que cela mène quelque part, mais cela aura eu le mérite d’exister et de me faire vivre une nouvelle expérience.
À suivre …

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