La faute au prédicat

La faute au prédicat


Le 5 décembre, dans un même flash répété une centaine de fois dans la matinée, France Info annonçait la disparition de Jean D’Ormesson et, sans transition, les tristes résultats d’une étude menée dans 50 pays quant au niveau de lecture des élèves de CM1, qui plaçait la France à la 34e place, loin derrière la Russie, Hong Kong et Singapour. Comme deux mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules, on apprenait aussi par le biais de cette étude que l’hexagone était l’un des deux pays à avoir régressé dans le classement. Le pauvre jean d’O… il n’était pas encore dans sa tombe qu’il devait déjà s’y retourner.

Elle est où la caméra ?
Vivant sous le même toit qu’un petit être, qui se trouve justement en CM1 et plutôt en haut de la liste des bons élèves, je ne peux pas dire que la nouvelle m’ait réellement surprise ! Déjà, la carte postale reçue cet été, laissait présager une telle débandade. J’avoue avoir légèrement sourcillé en lisant le « J’espèr que vous allé bien on na fait des truc trop bien comm alai a la fête forain »… mais après évoqué mes craintes, je n’ai eu comme seule réponse que tous les copains écrivaient comme ça… Donc fin CE2, dans une école publique qui, pour le coup bénéficie d’une jolie équipe pédagogique, on ne s’inquiète pas si les élèves ne savent pas conjuguer les verbes du 1er groupe au présent, ponctuer leurs phrases, mettre des « s » au pluriel … et je ne parle pas du reste. Bon, si tout le monde trouve ça très bien… très bien !

Pour continuer sur cette fabuleuse lancée, en cette année de CM1, le maître ne souhaite pas donner de devoirs à la maison. Ce qui me chagrine dans cette histoire, ce n’est pas tant la pédagogie retenue que la raison invoquée et largement entonnée par lesdits élèves pour expliquer ce choix : ils travaillent bien suffisamment en classe pour ne pas être acculés par des devoirs en rentrant. Ainsi, il aurait été dit que plutôt que de travailler en rentrant chez soi, il valait mieux se reposer et, par exemple jouer ou regarder la télé… Ah… Avec des arguments pareils, n’allez pas espérer leur faire prendre un bouquin pour patienter jusqu’au diner !

 

Comment niveler par le bas …
Puisque de l’avis de tous, nos enfants sont assommés par le travail, cette année, il a aussi été décidé de mettre fin au COD et au COI et de faire place au prédicat. Il s’agit selon le Monde, de « permettre aux enfants non rôdés à l’analyse grammaticale de décomposer une phrase simple, en deux blocs : son sujet et son prédicat ». Ainsi, dans la phrase « Le facteur distribue les lettres » n’espérez pas demander d’entourer en bleu le sujet, en rouge le verbe et en vert le complément d’objet direct, comme vous l’avez peut être vous-même fait à l’époque. Non, contentez-vous de demander d’entourer le sujet (je) et le prédicat (distribue les lettres). Donc sachons-le et prenons en pour notre grade au passage : nous avons fait des enfants tellement bêtes qu’ils ne sont plus à-même d’apprendre ce que nous apprenions en grammaire à leur âge. Parfait. Se pose quand même une question : comment va-t-on leur faire comprendre qu’il faut accorder le participe passé employé avec l’auxiliaire « avoir » avec son complément d’objet direct s’il est placé avant le verbe, si on n’apprend plus à nos gosses ce que sont les COD ? Du coup, on écrit comment ? Les lettres que le facteur a distribuer ? Les lettres que le facteur a distribué ? Les lettres que le facteur a distribuées ?… Entourez la bonne réponse. La chance, le sens de la langue ou le correcteur orthographique et grammatical sont visiblement des sources plus fiables que le bon vieil apprentissage de la règle. (Soupir).

Se résoudre, ou pas
Et voilà, comment 10 ans plus tard, on retrouve sur les bancs de la fac de jeunes gens, au demeurant charmants, qui réussissent à faire plus de 20 fautes dans une dictée de dix lignes du niveau 5e. Tous bacheliers, certains issus de section littéraire … N’en jetez plus, la coupe est pleine! Peut être que tout cela s’inscrit dans la suite logique des choses. J’entendais l’été dernier sur France Info, un débat houleux sur l’importance de l’orthographe de nos jours, dans lequel des protagonistes dont j’ai oublié les noms, défendaient leurs opinions. L’un d’entre eux estimait qu’aujourd’hui l’essentiel était de se faire comprendre, et ce, peu importe la forme…

Inutile de dire que cette intervention m’a fait m’exciter comme un poulet dans ma Yaris. Des fois, je me demande si derrière toutes ces reformes, on ne mènerait pas une expérience classée TOP SECRET visant à atteindre l’abrutissement total des générations futures et à cultiver massivement le poil dans la main…

Claudine

Dem facerum ipit lacil ius millict orerum aspitas conet excerspient odi quae exceperibus moles dicipiciam aut hitat !

Vous aimerez aussi...

Comments are closed here.

About me

Coups de cœur, coups de gueule, coups de chapeau, coups de mou, coups durs, coups de pouce … Ici, je parle de tout et de rien. De ce ce que j’aime, de ce que j’exècre, de ce qui me touche. De ma famille, de mon boulot, de mes états d’âme. Des livres que j’ai lus, de ceux que je ne lirai pas. Des voyages que je ferai, de ceux dont je rêverai. Et de tout le reste! Ici, c’est un joyeux bordel. Pas de ligne éditoriale. Pas de consigne. Seuls comptent le plaisir et la liberté d’écrire.

Catégories